
RDC – Ouganda : un projet transfrontalier pour prévenir l’extrémisme violent prend racine à Bunia
La ville de Bunia a accueilli ce jeudi le lancement officiel du projet « La paix au-delà des frontières », une initiative régionale de lutte et de prévention contre l’extrémisme violent, mise en œuvre en consortium par Pôle Institute, Prospect et la Fondation Koffi anane, avec l’appui financier de l’Union Européenne.
Ce projet ambitieux, qui s’étend à la fois en République Démocratique du Congo (notamment à Bunia, Beni et dans les territoires d’Irumu et Mambasa) et en Ouganda (Kampala et Kasese), vise à freiner la montée de l’extrémisme violent dans les deux pays, en s’appuyant sur l’engagement communautaire et l’implication des autorités locales et provinciales.
Une dynamique communautaire de prévention
À Bunia, première étape de mise en œuvre, les activités ont porté sur deux axes majeurs : la présentation officielle du projet au public, et la mise en place ou la redynamisation de cadres de concertation dans les zones ciblées. Charmant Wandambi, chef de projet, explique :
« Le projet se veut inclusif et s’appuie sur les structures existantes œuvrant déjà dans le domaine de la paix. À Bunia, nous avons décidé de travailler avec le CEPEM, une commission provinciale de médiation déjà active. Pour Irumu et Mambasa, des structures spécifiques seront mises en place. »
Même si la ville de Bunia ne présente pas, à première vue, les signes visibles d’un extrémisme violent actif, sa sélection comme site stratégique repose sur sa position administrative centrale, a-t-il indiqué.
« Les autorités provinciales étant basées à Bunia, leur implication est essentielle pour que les efforts de prévention et de lutte dans toute la province soient cohérents et coordonnés », souligne Wandambi.
Contre une menace silencieuse mais réelle
Le projet entend prévenir l’émergence ou l’expansion de groupes violents animés par des idéologies radicales, qu’elles soient religieuses, politiques ou identitaires, en sensibilisant les communautés aux signes avant-coureurs de l’extrémisme.
Des actions concrètes sur le terrain
Outre les cadres de concertation, le projet prévoit un ensemble d’activités concrètes :
- Formations sur la thématique de l’extrémisme violent à destination des jeunes, des leaders communautaires et des autorités locales ;
- Sensibilisations communautaires pour informer, prévenir et désamorcer les risques de radicalisation ;
- Jumelages et échanges d’expérience entre communautés de la RDC et de l’Ouganda, pour capitaliser sur les acquis déjà obtenus dans les zones où le projet a démarré plus tôt ;
- Soutien aux initiatives locales déjà engagées dans la lutte ou l’accompagnement des victimes et des groupes à risque ;
- Pérennisation des acquis au-delà de la durée de vie du projet (18 mois), à travers le renforcement des structures locales.
Un appel à la mobilisation collective
Alors que la province de l’Ituri est régulièrement secouée par des violences à caractère communautaire, ce projet se veut un levier pour casser la chaîne de la haine, de la vengeance et de l’endoctrinement. Wandambi appelle à une prise de conscience collective :
« L’extrémisme violent ne concerne pas que l’armée ou les services de sécurité. Chaque citoyen a un rôle à jouer, pour protéger nos communautés contre ce fléau silencieux mais destructeur. »
Le projet « La paix au-delà des frontières » s’inscrit ainsi comme une réponse proactive, inclusive et transfrontalière à une menace diffuse mais réelle. En mobilisant à la fois les communautés, les institutions et les structures locales, ses initiateurs espèrent jeter les bases d’une résistance durable contre toutes les formes de radicalisation violente dans la région des Grands Lacs.
Papy Kilongo, depuis Bunia
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