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Sécurité en Ituri : la spirale de violence s’aggrave malgré l’état de siège

La province de l’Ituri a vécu un mois d’octobre particulièrement meurtrier, marqué par une recrudescence des violences armées. Dans leur rapport conjoint, Ebuteli et le Baromètre sécuritaire du Kivu (KST) dressent un tableau sombre d’une situation sécuritaire qui continue de se dégrader, malgré l’état de siège toujours en vigueur. Les groupes armés, loin de faiblir, semblent au contraire renforcer leurs capacités opérationnelles.

Selon ce rapport, la milice CODECO maintient une présence active dans plusieurs zones de Djugu et de Mahagi. Au moins quatre affrontements majeurs lui ont été attribués en octobre, notamment à Liko, Dada, Mbudjona et Jiba.
Ces attaques ont coûté la vie à 23 civils et entraîné l’enlèvement d’une dizaine d’autres. Au-delà des combats, la milice a profité du mois pour réorganiser son commandement interne, signe d’une structure encore fonctionnelle et capable de se reconfigurer sur le terrain.

À Liko, l’un des épisodes les plus marquants s’est produit après un affrontement avec les FARDC : neuf agriculteurs ont été tués dans leurs champs, illustrant une brutalité ciblée à l’encontre des civils.

Le rapport souligne également l’activisme soutenu des ADF dans les territoires de Mambasa et d’Irumu. En octobre, 19 attaques attribuées à ce groupe ont été enregistrées, causant la mort de 75 civils. Les ADF multiplient les incursions, visant tant les populations que les forces loyalistes et les groupes d’autodéfense Wazalendo.

Dans la nuit du 22 au 23 octobre, une opération conjointe FARDC–UPDF a bombardé des positions ADF près de Lolwa, contraignant les combattants à se redéployer vers Irumu. Là, de nouvelles exactions ont été rapportées, notamment à Komanda, où les ADF poursuivent enlèvements, attaques directes et pratiques de taxation forcée.

Malgré plusieurs offensives aériennes et terrestres engagées par les FARDC, les groupes armés conservent une mobilité inquiétante. La CRP et les forces loyalistes ont d’ailleurs été visées par six offensives au cours du mois, confirmant une dynamique de violence encore difficile à contenir.

Pour Ebuteli et le KST, l’Ituri demeure l’un des épicentres de la crise sécuritaire en RDC, où les groupes armés font preuve d’une capacité de résilience et d’adaptation qui compromet les efforts de stabilisation.

En attendant une évolution significative de la situation, ce sont encore les populations civiles qui paient le prix le plus lourd de cette spirale meurtrière qui, selon les analystes, semble loin de s’inverser.

Rachidi Kudra, depuis Bunia

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