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Lubumbashi : la mairie encadre la vente à la sauvette sur certaines artères du centre-ville

Face à la prolifération des marchés informels au cœur de Lubumbashi, l’autorité urbaine a opté pour une approche d’encadrement plutôt que de répression. La maire de la ville, Joyce Tunda Kazadi, a officiellement autorisé la vente à la sauvette sur six grandes avenues du centre-ville, Lumumba, Mama Yemo, Kasaï, des Usines, Likasi et Lomami selon un créneau horaire strict allant de 16 h à 20 h 30.

Présentée comme une mesure de compromis, cette décision vise à canaliser une activité économique devenue vitale pour de nombreux ménages, tout en tentant de rétablir un minimum d’ordre dans l’espace urbain. La mairie affirme vouloir réduire l’anarchie observée ces dernières années, sans recourir à des méthodes coercitives souvent dénoncées par les vendeurs ambulants.

Restaurer l’ordre sans répression brutale

À travers cette initiative, l’exécutif urbain poursuit un double objectif. Il s’agit, d’une part, de limiter les nuisances liées à la vente informelle, congestion routière, insalubrité, occupation anarchique de la voie publique et tensions avec les forces de l’ordre et, d’autre part, de mettre fin aux interventions jugées excessives, marquées par des saisies de marchandises et des opérations musclées.

Ces pratiques, régulièrement dénoncées par les vendeurs, sont accusées d’alimenter les abus, l’insécurité et certaines perceptions illégales. En concentrant l’activité en fin de journée, la mairie espère préserver la fluidité du trafic diurne tout en facilitant le contrôle et l’organisation de ces marchés improvisés.

Une économie informelle profondément enracinée

Cette décision traduit une reconnaissance implicite de la réalité socio-économique de Lubumbashi. Dans la capitale provinciale du Haut-Katanga, la vente à la sauvette s’est progressivement imposée comme un pilier de l’économie de survie, portée par le chômage, la précarité et le coût élevé des emplacements dans les marchés officiels.

Trottoirs, carrefours stratégiques et abords des bâtiments publics sont ainsi devenus des espaces de commerce informel à forte affluence. S’ils offrent des débouchés rapides aux vendeurs, ces lieux posent également de sérieux défis en matière d’hygiène et d’aménagement urbain, régulièrement soulevés par les autorités municipales.
Risques sanitaires et dérives sécuritaires

Malgré l’encadrement spatial et horaire annoncé, plusieurs préoccupations subsistent. La question de la qualité des produits commercialisés demeure centrale. La vente à la sauvette est souvent soupçonnée de servir de circuit de redistribution pour des denrées périmées ou impropres à la consommation, exposant les consommateurs à des risques sanitaires réels.
À cela s’ajoutent des problèmes d’insécurité, notamment des différends commerciaux pouvant dégénérer en agressions, ainsi que des pratiques frauduleuses telles que la modification des quantités après paiement. Dès septembre 2025, la société civile du Haut-Katanga avait d’ailleurs appelé la population à la vigilance face à un commerce qualifié de potentiellement dangereux.

Un pari délicat pour la mairie
En choisissant d’encadrer plutôt que d’interdire, la mairie de Lubumbashi avance sur une ligne de crête : réguler sans marginaliser, organiser sans étouffer une économie informelle qui fait vivre une large frange de la population.
Reste désormais à savoir si les mécanismes de contrôle annoncés seront effectivement mis en œuvre, et si les autorités locales disposeront des moyens nécessaires pour faire respecter les règles qu’elles viennent elles-mêmes d’édicter.

César Marcelo, depuis Lubumbashi

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