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Ituri : rescapée d’un enlèvement par un groupe armé, « Marthe » retrouve l’espoir grâce à l’éducation

La rédaction de ituri.cd a utilisé des pseudonymes afin de protéger l’identité de la survivante et de préserver sa sécurité.

En 2022, la vie de « Marthe » (nom d’emprunt), alors élève en 4ᵉ année technique, option nutrition, bascule en une seule nuit. Elle vit à Poko avec des membres de sa famille lorsque des hommes armés font irruption dans le village.

« Beaucoup de personnes ont réussi à fuir, mais moi, je dormais profondément », se souvient-elle.

Réveillée en sursaut, la jeune fille est emmenée de force avec d’autres habitants. Le groupe marche plusieurs kilomètres vers la forêt, où les captifs sont retenus.

Trois mois de captivité dans des conditions inhumaines
Dans le campement, certaines jeunes filles sont attribuées comme épouses aux combattants. « Marthe » et deux autres adolescentes, jugées trop jeunes, sont affectées aux travaux domestiques.

Pendant près de trois mois, elles puisent de l’eau, lavent des ustensiles et exécutent diverses corvées. Les conditions de vie sont extrêmement précaires : elles dorment sur des sacs ou des feuilles de bananiers, exposées aux intempéries.

L’alimentation est sommaire : manioc, taro ou maïs grillé, souvent pris dans les champs environnants.

Un captif tombe malade et décède sans bénéficier d’une sépulture digne.

« Je ne me sentais pas bien mentalement. Mon seul souhait était de rentrer chez moi et de reprendre ma vie », confie-t-elle.

Une fuite risquée vers la liberté

L’occasion de s’échapper se présente lors d’une sortie encadrée vers une source d’eau. À la surprise générale, l’un des combattants leur glisse discrètement de fuir.

Les jeunes filles s’élancent à travers la brousse sous les tirs et les cris. Désorientées, elles marchent sans repères jusqu’à ce que l’une d’elles reconnaisse un champ familier. Ce point de référence leur permet finalement de retrouver le chemin du village.

De l’insécurité à la reconstruction

De retour auprès des leurs, l’insécurité persistante oblige la famille à se déplacer vers une autre localité de l’Ituri. C’est dans ce contexte que « Marthe » entre en contact avec une ONG nationale, qui lui apporte un accompagnement psychosocial et des conseils individualisés.

Pour garantir sa sécurité, il est décidé qu’elle s’installe en ville chez sa tante paternelle, à Bunia. Grâce à cet appui, elle reprend le chemin de l’école.
Aujourd’hui, elle bénéficie de plusieurs formes de soutien :

  • ses frais scolaires sont pris en charge ;
  • elle a reçu un sac, des vêtements, des chaussures et des articles d’hygiène ;
  • elle profite d’un suivi psychosocial régulier.

« Cela m’a permis de retourner à l’école et de retrouver l’espoir », témoigne-t-elle avec reconnaissance.

Un projet pour protéger et reconstruire des vies
La jeune fille est bénéficiaire du projet d’appui intégré à la protection de l’enfance, à l’éducation et au bien-être psychosocial des filles et garçons affectés par les conflits armés en Ituri. Ce programme est financé par l’ONG internationale Save the Children et co-exécuté avec l’ONG nationale AJEDEC.

À travers cette initiative, des enfants et adolescents victimes des violences armées reçoivent un accompagnement pour leur réintégration scolaire et sociale.

« Je remercie sincèrement toutes les personnes qui m’ont aidée et soutenue. Que Dieu les bénisse », conclut « Marthe », qui encourage d’autres jeunes à se rapprocher d’AJEDEC afin de bénéficier d’un accompagnement similaire.

Zacharie Asimoni, depuis Bunia

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