×

Ituri : la société civile alerte sur une riposte à Ebola débordée après une mission à Nizi, Lopa et Iga Barrière

À l’issue d’une mission d’évaluation menée dans les localités de Nizi, Lopa et Iga Barrière, la société civile de l’Ituri tire la sonnette d’alarme sur la dégradation de la situation liée à l’épidémie d’Ebola. Selon la délégation, les capacités de la riposte sont désormais largement dépassées, alors que les décès continuent de se multiplier.

Les membres de la mission indiquent que les équipes chargées des enterrements dignes et sécurisés (EDS) ne disposent plus des ressources humaines et logistiques suffisantes pour répondre à l’ampleur des besoins. Dans certaines localités, expliquent-ils, plusieurs corps restent en attente de prise en charge pendant de longues heures, voire plusieurs jours.

« Il arrive que l’on enregistre jusqu’à une vingtaine de décès en une seule journée sans que les équipes EDS puissent intervenir à temps », a rapporté un membre de la délégation.

À Lopa, la société civile affirme qu’un corps est resté deux jours sans bénéficier d’un enterrement digne et sécurisé. Une situation similaire aurait été constatée à Iga Barrière, où un autre corps attendait encore l’intervention des équipes spécialisées plusieurs heures après le décès. Ces retards alimenteraient des tensions entre les communautés et les autorités coutumières chargées de faire respecter les mesures sanitaires.

La délégation déplore également l’insuffisance des structures de prise en charge. À Nizi, le dispositif existant ne répondrait pas aux standards d’un centre de traitement Ebola. Les trente lits disponibles étaient tous occupés lors de la visite, empêchant l’admission de nouveaux patients. Selon les informations recueillies, les centres de traitement de Bunia seraient eux aussi confrontés à une forte saturation.

Cette situation contraint de nombreux malades à parcourir de longues distances pour accéder aux soins, tandis que d’autres demeurent sans prise en charge adaptée.

La société civile s’inquiète en outre de la vulnérabilité des personnes déplacées. Dans la zone de Nizi, près de 34 sites accueillant des déplacés ont été recensés. Plusieurs d’entre eux ne disposent d’aucun dispositif de lavage des mains, pourtant indispensable pour prévenir la propagation du virus. La délégation relève également qu’une seule ambulance couvre l’ensemble de cette zone, une capacité jugée très insuffisante.

Malgré ces difficultés, les responsables de la société civile notent une évolution encourageante du comportement de la population. Les campagnes de sensibilisation auraient permis une meilleure compréhension de la maladie et une plus grande adhésion aux mesures de prévention. Toutefois, cette prise de conscience se heurte au manque de capacités d’accueil dans les structures sanitaires, obligeant plusieurs patients à être transférés vers Nizi ou Bunia.

Les chiffres recueillis auprès des équipes médicales témoignent de la gravité de la situation. Au moins 92 décès confirmés liés à Ebola auraient déjà été enregistrés, tandis que plus de 270 cas suspects font l’objet d’un suivi. À Lopa, les autorités locales évoquent également plus de 167 décès enregistrés en 21 jours, toutes causes confondues, dans un contexte marqué par la flambée de la maladie.

Face à cette situation, la société civile de l’Ituri appelle le Gouvernement congolais et les partenaires engagés dans la riposte à renforcer d’urgence les capacités d’intervention dans les zones de Nizi, Lopa et Iga Barrière. Elle plaide notamment pour le déploiement de nouvelles équipes d’enterrement digne et sécurisé, l’ouverture de centres de traitement supplémentaires, le renforcement du parc ambulancier ainsi que l’amélioration des mesures de prévention dans les sites de déplacés.

Selon la délégation, une réponse rapide et renforcée est indispensable pour limiter la propagation de l’épidémie et réduire le nombre de victimes dans cette partie de la province de l’Ituri.

Rachidi Kudra, depuis Nizi

Share this content:

Laisser un commentaire