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Crise ouverte entre l’UDPS et l’Église catholique en RDC

Un nouveau bras de fer oppose désormais l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) à une figure majeure de l’Église catholique en République Démocratique du Congo. Augustin Kabuya, secrétaire général de l’UDPS, a tenu des propos particulièrement virulents à l’endroit du Cardinal Fridolin Ambongo, lors d’une matinée politique organisée à Kinshasa avec des cadres et militants de son parti.

Des mots durs qui font polémique

Qualifiant le prélat d’« incrédule haineux », Augustin Kabuya a accusé le Cardinal Ambongo d’être un opposant systématique au régime du président Félix Tshisekedi et d’agir en faveur des intérêts du Rwanda, un pays souvent pointé du doigt pour son rôle présumé dans l’instabilité de l’Est congolais.

« Le Cardinal s’aligne avec ceux qui veulent affaiblir la souveraineté de notre pays », a déclaré le secrétaire général du parti présidentiel, sous les applaudissements d’une partie de la salle.

Ces propos s’inscrivent dans un climat politique particulièrement tendu, sur fond de conflit armé dans l’Est du pays, où le gouvernement congolais accuse régulièrement Kigali de soutenir les rebelles du M23. Augustin Kabuya semble désormais élargir le champ des soupçons à certaines voix critiques au sein même de la société congolaise.

Un homme d’Église dans la ligne de mire du pouvoir

Le Cardinal Fridolin Ambongo est connu pour ses prises de position courageuses, souvent critiques à l’égard de la gestion du pays par les autorités. Il a plusieurs fois appelé à la transparence, à la justice sociale, à la fin de l’impunité et à la protection des civils dans les zones de conflits. Pour ses partisans, ces critiques s’inscrivent dans le rôle moral et prophétique de l’Église. Pour ses détracteurs, elles cacheraient une posture politique hostile.

Ce n’est pas la première fois que le pouvoir en place s’en prend aux prélats catholiques. Mais jamais les attaques n’avaient été aussi frontales ni aussi personnalisées. La sortie de Kabuya pourrait donc marquer un tournant dans les relations déjà tendues entre l’État congolais et l’Église catholique, traditionnellement influente dans la vie politique et sociale du pays.

Entre manœuvre politique et crispations institutionnelles

Les déclarations de Kabuya interviennent à un moment où le régime de Tshisekedi est confronté à de nombreux défis : insécurité persistante à l’Est, tensions diplomatiques régionales, critiques sur la gouvernance interne et imminence de réformes politiques sensibles.

Pour certains observateurs, cette attaque contre le Cardinal Ambongo pourrait être une diversion visant à détourner l’attention de ces problèmes. D’autres y voient une stratégie de radicalisation du discours politique visant à mobiliser la base militante autour d’un « ennemi commun » présumé.

Réactions et inquiétudes

Les propos du secrétaire général de l’UDPS ont déjà provoqué de vives réactions. Des responsables religieux, des militants des droits humains et des intellectuels s’inquiètent d’une dérive dangereuse qui pourrait aggraver les divisions au sein de la société congolaise. Car au-delà de la polémique, c’est aussi la place de la liberté d’expression, du rôle critique des institutions religieuses et du respect des croyances qui est en jeu.

Vers une crise ouverte Église-État ?

Si aucune réaction officielle n’a encore été enregistrée du côté du Cardinal Ambongo, l’affaire pourrait bien secouer durablement les rapports entre le pouvoir en place et l’Église. Dans un pays où cette dernière joue un rôle crucial dans la médiation des crises, la stigmatiser publiquement pourrait s’avérer contre-productif.

Dans une RDC fragile et traversée par de multiples tensions, la tempérance et le respect des institutions religieuses devraient pourtant être des piliers de stabilité. Les jours à venir diront si les esprits s’apaisent… ou si la fracture s’approfondit.

Robyzon Banza, depuis Kasaï-Oriental

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