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Ebola en Ituri : et si la première protection commençait par nous-mêmes ?

Face à l’épidémie de maladie à virus Ebola qui continue de sévir en Ituri, une question mérite d’être posée : jusqu’où une communauté peut-elle compter sur la riposte sanitaire pour se protéger ?

Depuis le début de l’épidémie, l’État congolais, les autorités sanitaires et plusieurs organisations interviennent pour renforcer la surveillance, la prise en charge des malades, la recherche des contacts et la sensibilisation. Mais dans une épidémie qui progresse rapidement, aucune riposte ne peut être présente à chaque instant dans chaque famille, chaque quartier, chaque marché ou chaque lieu de rassemblement.

La première ligne de protection reste donc aussi la communauté elle-même.

Les chiffres donnent la mesure du danger. Au 31 août 2026, la RDC avait enregistré 6 041 cas confirmés et 2 911 décès liés à cette épidémie de maladie à virus Ebola causée par le virus Bundibugyo. Plus de 1 360 personnes avaient été déclarées guéries. L’épidémie est devenue la plus importante jamais enregistrée dans le pays.

Dans ce contexte, attendre systématiquement une intervention extérieure avant d’adopter les gestes de prévention serait une erreur.

Se laver régulièrement les mains, éviter les contacts directs avec les fluides corporels d’une personne malade, ne pas manipuler le corps d’une personne décédée et signaler rapidement un cas suspect ne nécessitent pas toujours un grand dispositif logistique. Ce sont d’abord des comportements individuels et communautaires.

L’Organisation mondiale de la santé rappelle que le virus Ebola se transmet notamment par contact direct avec le sang, les sécrétions et d’autres liquides biologiques d’une personne infectée, ainsi qu’avec des objets contaminés par ces fluides.

Le problème est que la prévention doit devenir un réflexe avant même que la maladie ne frappe une famille.

Or, c’est précisément là que se trouve l’une des difficultés de cette épidémie. Une population qui commence à respecter les mesures uniquement lorsqu’un cas est confirmé dans son quartier réagit déjà tardivement. L’objectif doit être de transformer les recommandations sanitaires en automatismes : lavage des mains, prudence face aux symptômes suspects, limitation des contacts à risque et recours rapide aux services compétents.

Il serait également dangereux de considérer le centre de traitement comme une garantie absolue. Les structures sanitaires ont leurs limites. La réponse est confrontée à une épidémie d’une ampleur exceptionnelle, tandis que les systèmes de santé de certaines zones sont fragilisés par l’insécurité, les déplacements de populations et les difficultés d’accès.

L’OMS et les Centres africains de contrôle et de prévention des maladies ont d’ailleurs appelé à renforcer l’action menée directement avec les communautés, notamment pour améliorer la détection précoce, le suivi des contacts et l’accès aux soins.

Cela signifie que la communauté n’est pas seulement bénéficiaire de la riposte. Elle en est aussi un acteur.

À Bunia comme dans les autres zones touchées de l’Ituri, chacun peut contribuer à réduire le risque. Un parent peut apprendre à ses enfants les bons gestes. Un responsable d’église peut rappeler les précautions lors des rassemblements. Un commerçant peut veiller à l’hygiène de son espace. Un enseignant peut signaler rapidement un élève présentant des signes suspects. Une famille peut éviter de manipuler le corps d’un proche décédé dans des circonstances suspectes.

Il ne s’agit pas de remplacer les médecins, les infirmiers ou les équipes de riposte. Il s’agit de ne pas attendre d’eux ce que chaque citoyen peut déjà faire pour réduire son propre risque.

La situation des professionnels de santé montre d’ailleurs que la capacité de réponse n’est pas illimitée. Des difficultés de financement, de ressources humaines et de fonctionnement ont été rapportées au cours de l’épidémie. Médecins sans frontières indiquait déjà en juillet gérer plusieurs centres de traitement et unités d’isolement tout en ayant pris en charge un nombre important de patients.

Dans ces conditions, la prévention communautaire devient encore plus importante.

La protection contre Ebola ne doit donc pas être perçue comme une affaire exclusivement gouvernementale ou humanitaire. Les autorités doivent continuer à fournir les moyens nécessaires, les structures sanitaires doivent assurer la prise en charge et les partenaires doivent soutenir la réponse. Mais entre ces différents acteurs, il existe un espace que personne ne peut occuper à la place de la population : celui des comportements quotidiens.

L’épidémie ne prévient pas avant d’entrer dans une famille

Elle ne demande pas si un centre de traitement dispose encore de lits.

Elle n’attend pas qu’une équipe de sensibilisation arrive dans un quartier.

C’est pourquoi la prudence doit précéder l’intervention.

En Ituri, se protéger contre Ebola ne signifie pas vivre dans la peur. Cela signifie prendre au sérieux les gestes qui réduisent le risque, écouter les informations sanitaires fiables et éviter les comportements dangereux.

La meilleure prise en charge reste celle qui peut être évitée par une prévention efficace.

Et dans cette bataille, la population ne doit pas attendre que quelqu’un vienne la protéger pour commencer à se protéger elle-même.

Papy Kilongo depuis Bunia

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