Ebola en Ituri : Muyembe appelle à la prudence malgré les récentes guérisons
La guérison récente de plusieurs patients atteints de la maladie à virus Ebola en Ituri constitue une nouvelle encourageante, mais ne doit pas conduire à un relâchement de la vigilance. C’est le message lancé par le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’Institut national de recherche biomédicale (INRB).
Intervenant dimanche 31 mai lors d’un échange en ligne animé par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala, le célèbre virologue a relativisé l’enthousiasme suscité par la sortie des patients guéris à Bunia.
« Ce n’est pas un événement extraordinaire », a-t-il affirmé, rappelant que la souche Bundibugyo actuellement en circulation est généralement moins létale que la souche Zaïre, responsable de plusieurs épidémies meurtrières sur le continent.
Selon le scientifique, des guérisons spontanées ont déjà été observées lors de précédentes flambées d’Ebola, notamment durant l’épidémie qui a frappé l’Afrique de l’Ouest entre 2013 et 2016. Les patients guéris à Bunia ont bénéficié d’une prise en charge médicale classique reposant notamment sur la réhydratation, le traitement des symptômes et les soins d’urgence.
Pour le professeur Muyembe, ces mesures demeurent essentielles en l’absence d’un traitement spécifique homologué contre la souche Bundibugyo.
« C’est d’ailleurs ce qui explique pourquoi la mortalité baisse lorsqu’un malade est pris en charge en Europe ou aux États-Unis », a-t-il expliqué.
Le virologue a toutefois mis en garde contre une mauvaise interprétation de ces guérisons par la population. Selon lui, présenter uniquement les cas de survivants pourrait pousser certaines familles à croire qu’il est possible de vaincre la maladie sans assistance médicale.
« C’est un couteau à double tranchant », a-t-il averti.
Le risque, poursuit-il, est de voir des malades rester à domicile au lieu d’être conduits rapidement vers des centres de traitement, ce qui pourrait favoriser la propagation du virus au sein des communautés.
Interrogé sur les chances de guérison des patients actuellement placés en isolement, le directeur général de l’INRB s’est montré prudent. D’après lui, l’évolution de chaque cas dépend largement de la capacité de l’organisme à résister à l’infection.
Ces déclarations rappellent que, malgré les premiers signes encourageants observés en Ituri, la lutte contre Ebola reste un défi majeur nécessitant une détection précoce des cas, une prise en charge rapide et une collaboration étroite entre les communautés et les équipes de riposte.
Rédaction
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